L’ex-voto tel que nous l’entendons aujourd’hui, est en effet un objet offert en preuve de reconnaissance à la suite d’un vœu. Il est à la fois remerciement et action de grâce. Dès l’antiquité on trouve trace de telles pratiques. Ce sont les ex-votos chrétiens qui sont les plus nombreux. Peu de professions en revanche ont suscité une production d’ex-voto spécifiques. Les métiers de la mer font exception.

( Modèle de barque trouvé dans une tombe égyptienne. Toute une cérémonie funéraire
qui évoque le transport du mort vers sa tombe )
Nombreux sont les ex-voto marins installés dans les innombrables chapelles et églises, qui, le long des côtes, semblent veiller sur les mers lointaines. La vie des marins, avec ses longs départs et ses dangers permanents a suscité de nombreuses cérémonies religieuses. Tout comme les aventuriers, les nomades ou les montagnards, le marin est constamment en contact avec la violence des éléments.
Invocations et prières redonnent ainsi souvent courage à l’homme confronté au danger jusqu’à ce que, devant le déchaînement de la mer et l’imminence du péril, il ne sache, littéralement , plus à quel saint se vouer.

( Maquette de procession exécutée par un marinier pour l’église de Briare. Elle est à l’effigie de Saint-Nicolas, patron des mariniers. Selon une tradition rependue, les ex-voto des mariniers d’eau douce représentaient généralement des bateaux de guerre, plus nobles
que de simples gabarres)
Pas étonnant alors que la vie du marin, ainsi que celle de sa famille et des proches soit ponctuée de rites à la fois sociaux et religieux. Bénédiction de la mer et baptême de bateaux étaient, une manière d’implorer la bonne grâce de Dieu.
L’usage répété des objets votifs participe, dans la vie du marin au besoin de se placer sous la protection divine. Ces offrandes par substitution étaient destinées, au nom du demandeur, à commémorer un événement donné, en exprimant simultanément implorations et remerciements.
Sur la côté méditerranéenne des peintures souvent naïves, mais pleines de charme et de grandeur tragique, faisaient la plupart du temps office d’ex-voto. Plus rares, mais pas exceptionnels étaient les ex-voto de maquettes.
Sur la côte atlantique, en revanche, ces maquettes étaient la règle. Suspendues aux voûtes de la nef ou posées sur l’autel de la madone ou du Saint invoqué, elles figuraient dans presque toutes les chapelles du littoral.
Fabriqués avec minutie, mais non sans une certaine naïveté, ces ex-votos témoignent d’un art profondément populaire. Deux grands types de construction étaient utilisés. Certaines maquettes étaient taillées à partir d’un bloc de bois, comme des sculptures, d’autres , au contraire, étaient construites sur charpente. Moins artisanales que les premières, les secondes se rapprochent sans doute plus du travail de modéliste. Il s’agissait avant tout d’amateurs mettant patience et habilité au service d’une promesse.
A pendre, le bateau était présenté isolé. A poser il était parfois au centre d’une environnement complet. On y voyait, dans une sorte de diorama, le bateau affrontant la tempête ou arrivant au port. Paysages peints quelque fois agrémentés de petites constructions , servaient de fond à ces mers de cire, de mastic, ou de plâtre peint.

(Ex-voto en diorama . Devant le ciel peint, quelques maisons de bois grossièrement taillées et une église blanche. L’évocation se rapporte à Marseille et à Notre-Dame de la Garde.)
Observation et imagination étaient au rendez-vous et, aujourd’hui, l’émotion naît souvent plus de la candeur de la vision que du respect scrupuleux de la vérité. Le bateau représenté n’était d’ailleurs pas forcément du marin donateur, mais était l’oeuvre de marchands d’ex-votos. Le dernier connu en France était à Marseille.

(Le saint-Michel, trois mats barque de Fécamp.
Ces bateaux étaient armés pour la pêche à Terre-Neuve.)
Hommes sans cesse exposés au danger et à la violence des éléments, femmes toujours seules, dans l’attente et l’impatience, résignées mais néanmoins toujours à la merci d’une mauvaise nouvelle, les marins et leur famille eurent toutes les raisons d’être religieux…
Une tradition voulait, chez les mariniers d’eau douce qui affrontaient des dangers moins spectaculaires, mais néanmoins réels, que leurs ex-voto, fréquents aussi, figurent des bâtiments de la marine royale, bâtiments armés pour la plupart. Question de prestige sans doute. Peu nombreux en effet sont les ex-votos représentant gabares ou autres péniches navigant sur les fleuves ou lacs.
Entrant dans la liturgie, porteuses d’espoir et de reconnaissance, ces dernières sont ainsi un précieux témoignage de la vie des gens de la mer, des fleuves et des lacs.

( Le Saint-Mathurin, bateau de procession en tissu. Voiles en organdi, échelles en perles,habitacle en carton perforé. Eloigné des maquettes traditionnelle ce type de réalisation révélé l’importance de la mer dans le vie religieuse quotidienne)
Une grande majorité de ces ex-voto sont classés « monuments historiques »
Et quand est il pour le Léman ?
Le Léman a aussi ses ex-votos. On peut voir un ex-voto de barque au prieuré de Meillerie. Une des rares barques suspendues des rives Françaises du Léman. Cette barque porte l’inscription 1898 (certainement une date, mais pas un numéro de barque) et se nomme l’Hirondelle (non répertoriée sur la liste des barques)… Les recherches effectuées n’ont pas permis d’identifier son auteur, ni la raison pour laquelle cette barque a été posée dans l’église de Meillerie ?. Ce modèle mériterait une petite rénovation et mise en valeur.

(ex-voto suspendu d’une barque à l’église de Meillerie portant le N° 1898)
La chapelle de rives qui se trouve sur le port de Thonon les Bains abrite également un modèle d’ex-voto, visible au dessus de l’autel. Sur un document concernant cette petite chapelle on peut lire : « En 1883, les jeunes garçons de Rives avaient fait l’acquisition à Genève d’une maquette de barque suspendue au fond du chœur juste sous la voûte, en souvenir de la dernière offrande du pain bénit, rituel réservé à ceux qui ne pouvaient pas communier ». Dans ce document on parle de barque, ce qui ne correspond pas au modèle qui se trouve actuellement suspendu sous la voûte. La maquette de barque aurait elle été remplacée ?. Il n’y a aucune autre information à ce sujet.
Concernant le modèle qui se trouve dans cette chapelle, il pourrait s’agir d’une goélette à trois mâts.


Vous pouvez aussi réaliser un ex-voto chez vous !!!
Parfois on peut arriver à trouver une maquette abandonnée, ou en acheter une dans une brocante, un vide grenier ou alors on vous l’offre avec plaisir. Alors pourquoi pas en faire un ex-voto …
Il y quelque temps, une personne de Maxilly, a gentiment offert une petite maquette. Il s’agit d’un vaisseau de 74 canons qui se nomme le Superbe.
Après avoir été dépoussiérée, recollé les petites pièces cassées, remonté le mât de misaine et retendu les fils et filets, je l’ai donc suspendu dans notre maison. Cela fait, de cette maquette, un très bel ex-voto suspendu. Les fils de suspension étant presque invisibles, on a l’impression que cette maquette vole dans la pièce !!!.

Hubert Flatrès
Selon les extraits du livre « Les maquettes de bateaux »



